M&A Formation · fusions-acquisitions

Sommaire · Chapitre I sur V

Fondamentaux, régimes et acteurs

Huit modules de cadrage : ce qu'on achète, comment on l'achète, et qui se trouve autour de la table.

01 Les trois opérations

Acquisition, fusion, apport partiel d'actif

Trois montages qu'on désigne par un seul mot, et qui n'ont ni la même fiscalité, ni le même formalisme, ni le même risque.

Cession de titres

Le cas ordinaire — 9 deals PME sur 10

Avant

Vendeur→Cible

Après

Acheteur→Cible

← le prix part chez le vendeur

La société ne bouge pas : même personne morale, même SIREN, mêmes contrats, même passif. On change son propriétaire, rien d'autre.

Fusion-absorption

Une entité disparaît

Avant

Société ASociété B

Après

A, augmentée de BB

← les associés de B reçoivent des titres A

Dissolution sans liquidation : tout le patrimoine de B passe à A d'un bloc. Il n'y a pas de prix payé, il y a une parité d'échange — et un commissaire à la fusion.

Apport partiel d'actif

La mécanique du carve-out

Avant

Groupe Branche 1 Branche 2

Après

Groupe→ NewCo · Branche 2

← puis on vend les titres de la NewCo

On isole d'abord une branche autonome dans une société dédiée, on la vend ensuite. Le vrai travail n'est pas la vente : c'est la séparation.

À retenir

On dit « fusion-acquisition » comme un seul mot, mais les trois montages n'ont ni la même fiscalité, ni le même formalisme, ni le même risque. Retenez surtout que la fusion ne fait circuler aucun cash : elle échange des titres contre des titres. Quand un dirigeant vous dit « on va fusionner », neuf fois sur dix il décrit en réalité une cession de titres.

02 Stratégie d'acquisition

Où l'on achète sur sa chaîne de valeur

La position de la cible sur la chaîne prédit le prix payable, la difficulté d'intégration et le temps passé devant un régulateur.

Horizontale un concurrent

Même maillon, même métier

Parts de marché, économies d'échelle, pouvoir de négociation. C'est là que se trouvent les vraies synergies de coûts — et l'autorité de la concurrence.

Verticale fournisseur distributeur

Un maillon amont ou aval

On sécurise un approvisionnement ou on capte la marge de l'aval. Michelin rachetant Allopneus en 2015 : un fabricant qui s'achète un canal de vente en ligne.

Conglomérale une autre chaîne de valeur

Hors chaîne

Diversification pure. C'est la catégorie qui déçoit le plus souvent, parce que les synergies annoncées sont rarement démontrables avant le closing.

À retenir

La position sur la chaîne prédit tout le reste du deal : le prix qu'on peut payer, la difficulté d'intégration, et le temps qu'on passera devant un régulateur. Plus on achète loin de son métier, plus la promesse de synergie est un acte de foi — et plus l'écart d'acquisition sera dépréciable trois ans plus tard.

03 Structuration

Titres ou actifs : ce que le choix change

La première divergence d'intérêts du deal — et elle arrive avant même qu'on parle de prix.

Comparaison des trois régimes de transfert. Faites défiler horizontalement si nécessaire.
Critère Cession de titres Cession de fonds de commerce Fusion
Objet transféré Les parts ou actions de la société Clientèle, enseigne, bail, matériel, stocks L'universalité du patrimoine, d'un bloc
Le passé suit-il ? Oui, tout — d'où la garantie d'actif et de passif Non en principe, mais solidarité fiscale de l'acquéreur Oui, tout, y compris l'inconnu
Contrats et agréments Conservés — sauf clause de changement de contrôle À renégocier un par un ; agréments à redemander Transmis de plein droit
Droits d'enregistrement Faibles sur actions, sensiblement plus élevés sur parts sociales Les plus lourds, par tranches sur le prix Régime de faveur si les conditions sont réunies
Formalisme Léger : SPA, ordres de mouvement, registres Lourd : publicité, opposition des créanciers, séquestre du prix Le plus lourd : traité, commissaire, assemblées
Qui le préfère Le vendeur régime de plus-value, sortie nette L'acheteur il choisit ce qu'il prend Les groupes réorganisation interne
Tableau large : faites-le défiler horizontalement.
À retenir

C'est la première divergence d'intérêts du deal, et elle arrive avant même qu'on parle de prix. L'acheteur voudrait acheter des actifs pour laisser le passé au vendeur ; le vendeur veut céder des titres pour sortir définitivement. En pratique, la cession de titres gagne presque toujours — et c'est précisément pour cela que la garantie d'actif et de passif existe. Les taux se vérifient à la source, ils bougent.

04 Deux métiers, un même nom

Small cap et mid / large cap

Douze lignes de comparaison. La même profession, deux métiers différents.

Small cap · PME Mid et large cap · corporate
Valeur d'entreprise1 à 50 M€50 M€ à plusieurs milliards
Qui vendUn dirigeant propriétaire, souvent à la retraiteUn groupe qui arbitre son portefeuille, ou un fonds en fin de cycle
Qui décideUne personne, parfois sa familleUn comité d'investissement, un conseil, parfois une assemblée
Nature du processusBilatéral ou mini-enchère à 5 ou 10 contrepartiesEnchère organisée, deux tours, 20 à 100 approchés
Durée mandat → closing9 à 18 mois, parfois plus4 à 8 mois, calendrier tenu à la semaine
Documentation vendeurMémorandum d'information de 20 à 40 pagesVendor due diligence complète, souvent trois rapports, plus un IM
Due diligence acheteur2 à 4 chantiers, 20 à 60 k€8 à 15 chantiers, plusieurs centaines de k€
Data roomUn espace partagé, parfois un simple driveData room virtuelle tracée, clean room pour les données sensibles
Mécanisme de prixLe plus souvent completion accountsLocked box majoritaire, ticker et clause anti-fuite
Garantie du vendeurGarantie d'actif et de passif classique, avec séquestreGarantie limitée, assurance W&I fréquente, clean exit
Financement acheteurDette senior bancaire, garantie publique, crédit vendeurDette structurée, unitranche, syndication, certain funds
Cause d'échec dominanteLe vendeur renonce, ou le financement ne se boucle pasLe prix, la concurrence, l'autorisation réglementaire
Le plus sous-estiméLa dépendance de l'entreprise à son dirigeantLe coût et la durée de la séparation dans un carve-out
À retenir

Une seule phrase à retenir de ce tableau : en small cap, le processus est piloté par l'émotion du vendeur ; en mid cap, il est piloté par un calendrier. Un deal PME meurt parce qu'un homme a changé d'avis. Un deal corporate meurt parce qu'un concurrent a mieux offert, ou parce qu'une autorité a dit non.

05 La carte du processus

Douze phases, quatre actes

Gardez cette carte en tête : chaque module des chapitres suivants zoome sur une de ces douze cases.

I · Préparer

Rendre vendable

4 à 14 mois

  • 0 · Deal readiness — nettoyer, déconcentrer, décider
  • 1 · Mandat et valorisation — le prix d'ancrage se fixe ici
  • 2 · Documentation — teaser, IM, NDA, vendor DD

II · Vendre

Créer la compétition

6 à 18 semaines

  • 3 · Approche du marché — segmenter, approcher, rencontrer
  • 4 · Offres indicatives — LOI, puis exclusivité

III · Vérifier

Transformer les constats en clauses

8 à 16 semaines

  • 5 · Due diligence — prix, garantie, ou deal-killer
  • 6 · Négociation et SPA — mécanisme de prix, GAP
  • 7 · Financement — en parallèle, pas après

IV · Exécuter

Et seulement là, créer la valeur

1 jour à 36 mois

  • 8 · Signing — une journée, des annexes décisives
  • 9 · Conditions suspensives — autorisations, gun jumping
  • 10 · Closing — exécution, pas négociation
  • 11 · Post-closing — ajustement, garantie, intégration
À retenir

Notez la dissymétrie du calendrier — préparer et vendre prend deux fois plus de temps que signer, et la phase la plus décisive pour le prix final est la phase 0, celle que presque personne ne fait.

06 Côté demande

Les trois familles d'acquéreurs

Un processus doit les mélanger, mais pas à parts égales.

Acquéreur stratégique

Le stratégique

Industriel du secteur

Il achète quelque chose que l'entreprise seule ne vaut pas : une synergie. C'est pour cela qu'il paie le haut de la fourchette, et qu'il est le seul à pouvoir justifier une prime.

Prix payé

Vitesse de décision

Taux de conversion

Risque en cas d'échec

Le piège. Un concurrent qui repart avec vos comptes et votre liste de clients. Clean team obligatoire.

Acquéreur financier

Le financier

Fonds d'investissement

Il paie un prix rationnel, sans synergie, et raisonne en rendement à cinq ans. Rapide, professionnel, très exigeant sur la qualité de l'information.

Prix payé

Vitesse de décision

Taux de conversion

Risque en cas d'échec

Le piège. Il veut un management qui reste. Si le dirigeant part, la thèse d'investissement s'effondre.

Repreneur individuel

La personne physique

Cadre en reconversion, repreneur

Nombreux en small cap, souvent les plus motivés humainement, et ceux que les cédants choisissent avec le cœur. Mais leur deal dépend d'une banque.

Prix payé

Vitesse de décision

Taux de conversion

Risque en cas d'échec

Le piège. Le financement. C'est la deuxième cause de mortalité des deals PME.

À retenir

Le stratégique fixe le haut de la fourchette parce qu'il achète des synergies ; le financier fixe le prix rationnel et sert de référence ; la personne physique élargit la liste mais convertit rarement. Un processus qui ne repose que sur des repreneurs individuels est un processus lent.

07 Cartographie

Qui est autour de la table

Un deal réunit facilement quinze intervenants payés à l'heure ou au succès, dont chacun a un intérêt propre.

Côté vendeur

Banque d'affaires ou boutique
Prépare, valorise, organise la compétition, négocie
rétainer + 3 à 6 %
Expert-comptable du cédant
Comptes retraités, EBITDA normalisé, fiscalité
5 à 20 k€
Avocat corporate
Rédige le SPA et la garantie, mène le juridique
15 à 40 k€
Avocat fiscaliste
Plus-value, apport-cession, structuration
5 à 30 k€
Vendor due diligence
Corporate seulement : rapports + reliance letter
80 à 250 k€

Côté acheteur

Conseil M&A acheteur
Sourcing, valorisation, coordination du process
rétainer + %
Transaction Services
Quality of earnings, dette nette, BFR normatif
15 à 250 k€
DD juridique et sociale
Contrats, contentieux, IRP, propriété intellectuelle
10 à 200 k€
DD commerciale, IT, ESG…
Chantiers spécialisés, un par risque identifié
10 à 100 k€ / chantier
Banque prêteuse
Finance et impose ses covenants
0,5 à 1,5 % du prêt

Les tiers, qui n'ont pas d'intérêt au deal mais peuvent l'arrêter

  • Autorité de la concurrence
  • Ministère de l'économie · IEF
  • Régulateur sectoriel
  • Représentants du personnel
  • Assureur W&I
  • Notaire
  • Commissaire à la fusion ou aux apports
À retenir

Le rôle du conseil M&A est moins de négocier que de tenir ce plateau : celui qui n'a pas de chef d'orchestre voit son calendrier déraper, et l'usure tue plus de deals que le désaccord sur le prix. Les fourchettes affichées sont des ordres de grandeur du marché français, pas des tarifs.

08 Le coût du deal

Ce que les conseils coûtent vraiment

Budget total de conseils, côté acheteur, en pourcentage de la valeur d'entreprise.

Small cap · PME3 à 6 % de la VE

Proportionnellement énorme. C'est ce qui explique les arbitrages à la baisse sur l'audit.

Mid et large capmoins de 2 % de la VE

Ratio faible, montants absolus en millions.

0 %2 %4 %6 %8 %

Décomposition, cession PME de 20 M€

Conseil M&A acheteur150 à 400 k€
Due diligence financière25 à 50 k€
Due diligence juridique et sociale20 à 40 k€
Avocat corporate, SPA et GAP30 à 60 k€
Avocat fiscaliste10 à 25 k€
Frais de dossier bancaire0,5 à 1,5 % du prêt
DD IT, ESG, environnement0 à 60 k€
À retenir

Le paradoxe du small cap : proportionnellement, il coûte trois fois plus cher à exécuter qu'un deal corporate, pour des honoraires en valeur absolue qui restent modestes. C'est ce qui pousse tant de dirigeants à rogner sur la due diligence — et c'est presque toujours une mauvaise économie : vingt mille euros non dépensés en audit se paient couramment deux cents mille en passif découvert après le closing.

Avertissement. Les fourchettes d'honoraires, de durées et de coûts sont des ordres de grandeur du marché français destinés à cadrer une conversation. Les seuils réglementaires et les taux fiscaux se vérifient à la source avant tout usage public ou contractuel. Les points réglementaires sont un cadre de vigilance, pas un avis juridique.