M&A Formation · fusions-acquisitions

Sommaire · Chapitre III sur V

Valorisation, prix et synergies

Le cœur technique. Les chiffres portent sur un cas fictif — une PME industrielle à 1 115 k€ d'EBITDA normalisé — et servent à faire la démonstration, pas de référence.

18 Phase 1 · la note de valorisation

Trois approches, à croiser et non à opposer

Chacune répond à une question différente. Aucune ne donne « le » prix.

La référence pratique

Les multiples

EBITDA normalisé × multiple observé

On applique à l'EBITDA normalisé un multiple relevé sur des transactions comparables et sur des sociétés cotées comparables, avec une décote de taille et d'illiquidité pour les PME.

Ce qu'elle sert à faire
Parler au marché, dans le langage que les acheteurs emploient déjà.
Sa faiblesse
Aucun comparable n'est vraiment comparable, et les bases de transactions PME sont pauvres.

Opposabilité. Forte. C'est ce qu'un acheteur conseillé contestera le moins.

La valeur de contrôle

Les flux futurs actualisés

Somme des flux de trésorerie actualisés

On projette les flux libres du business plan, on les actualise à un coût du capital, on ajoute une valeur terminale.

Ce qu'elle sert à faire
Obliger le vendeur à expliciter et à défendre son business plan hypothèse par hypothèse.
Sa faiblesse
Très sensible aux hypothèses : deux points de taux ou de croissance terminale changent le résultat du tiers.

Opposabilité. Faible. Facile à manipuler, donc facile à écarter en négociation.

Les cas particuliers

L'approche patrimoniale

Actif net réévalué

On réévalue les actifs et on retranche les dettes, sans regarder la rentabilité.

Ce qu'elle sert à faire
Valoriser une holding, une société à forte assise d'actifs, ou une entreprise en difficulté.
Sa faiblesse
Elle ignore la capacité bénéficiaire, donc l'essentiel de ce qu'un acheteur achète.

Opposabilité. Contextuelle. Elle sert de plancher, rarement de référence.

À retenir

En corporate, la palette est plus large : on ajoute la somme des parties pour un groupe diversifié, et le LBO reverse, qui calcule le prix maximal qu'un fonds pourrait payer compte tenu du rendement qu'il doit servir. Cette dernière méthode ne dit pas ce que vaut l'entreprise : elle dit ce que ce type d'acheteur peut payer. C'est une information différente, et souvent plus utile en négociation.

19 Le graphique de synthèse

Le terrain de football des valorisations

Cas fictif : PME industrielle, 1 115 k€ d'EBITDA normalisé. Valeur d'entreprise en millions d'euros.

Transactions comparables · multiples de deals du secteur5,2 – 7,0 ×
Sociétés cotées comparables · après décote de taille et d'illiquidité4,6 – 6,4 ×
Flux futurs actualisés · business plan du vendeur, CMPC 11 à 13 %5,8 – 8,6 ×
Approche patrimoniale · actif net réévalué, sert de plancher3,4 – 4,2 ×
LBO reverse · prix maximal payable par un fonds à TRI cible5,0 – 6,2 ×
Fourchette retenue · ce qu'on écrit dans la note de valorisation5,4 – 6,8 ×
3 M€5791113 M€
À retenir

Ce graphique n'existe pas pour trouver un chiffre : il existe pour montrer une zone de recouvrement et rendre visible ce qui la fait bouger. La fourchette retenue est presque toujours plus étroite que l'enveloppe des méthodes, et son bas se défend mieux que son haut. Un conseil qui annonce le haut de la fourchette pour gagner un mandat fabrique un dossier qui ne se vendra pas.

20 Le vrai champ de bataille

De l'EBITDA comptable à l'EBITDA normalisé

Un multiple s'applique à un EBITDA normalisé, jamais à un EBITDA brut.

EBITDA comptable publié1 000 k€
Rémunération du dirigeant ramenée au marché+ 180
Loyer versé à sa SCI ramené au marché+ 55
Charges personnelles logées dans la société+ 40
Produit exceptionnel non récurrent− 90
Directeur commercial à recruter après le départ− 70
EBITDA normalisé1 115 k€
À retenir

Ici, cent quinze mille euros de retraitement à un multiple de six, cela fait sept cents mille euros de valeur d'entreprise : c'est pour cela qu'on se bat ligne par ligne. Et retenez la contrepartie, que les vendeurs oublient : les retraitements vont dans les deux sens. Le directeur commercial que le dirigeant remplaçait gratuitement, il faudra le recruter.

21 Le point technique qui change tout

Du multiple à ce que le vendeur touche vraiment

Le module le plus utile de la journée pour un dirigeant.

Valeur d'entreprise · 1 115 k€ × 6,06 690 k€
Dette financière brute− 1 400
Trésorerie disponible+ 520
Écart de BFR par rapport au normatif− 180
Valeur des titres5 630 k€
Séquestre de garantie · 12 %, bloqué 24 mois− 680
Crédit vendeur · 10 %, à 3 ans− 565
Encaissé au closing, avant impôt4 385 k€
À retenir

On lui a annoncé « six fois sept cent mille, ça fait plus de six millions », et il encaisse quatre millions au closing. Rien n'a été malhonnête : le multiple s'applique à l'EBITDA et donne une valeur d'entreprise ; ce que le vendeur touche est la valeur des titres, diminuée de la dette nette, ajustée du BFR, puis étalée par le séquestre et le crédit vendeur. Une conversation de valorisation qui ne distingue pas ces notions produira une déception.

22 Atelier · cochez les facteurs

Ce qui fait monter ou descendre un multiple

Départ sectoriel : 5,5 ×. Activez les caractéristiques de l'entreprise que vous avez en tête.

Primes
Décotes

Multiple d'EBITDA obtenu

5,5 ×

départ sectoriel : 5,5 ×

Valeur d'entreprise induite

6,13 M€

sur 1 115 k€ d'EBITDA normalisé

Un multiple n'est pas une note attribuée à l'entreprise. C'est une durée de récupération et une prime de risque : plus les flux sont récurrents et peu dépendants d'une personne, plus il est élevé.

À retenir

Faites l'exercice à l'envers : partez du multiple maximal, puis cochez les décotes. Le facteur qui coûte le plus cher est presque toujours le même — la dépendance au dirigeant — et c'est le seul qui se traite en amont, pendant la phase 0. Les pondérations affichées sont des ordres de grandeur pédagogiques, pas une grille de marché.

23 Ce que l'acheteur stratégique achète en plus

Synergies de coûts et synergies de revenus

On finance une acquisition sur les synergies de coûts, on espère les synergies de revenus.

Synergies de coûts

Ce qu'on arrête de payer deux fois

  • Fonctions support mutualisées : paie, comptabilité, informatique
  • Achats regroupés, renégociation des conditions fournisseurs
  • Sites, entrepôts et tournées de livraison consolidés
  • Doublons de licences, d'assurances, d'abonnements
  • Un seul commissaire aux comptes, un seul audit
Probabilité de réalisationélevée
Délai de matérialisation6 à 18 mois
Vérifiabilité en due diligenceligne par ligne

On les finance. Elles sont chiffrables avant le closing, datables dans un budget, et un comité d'investissement acceptera de les intégrer au prix — à condition qu'un porteur soit nommé pour chacune.

Synergies de revenus

Ce qu'on espère vendre en plus

  • Vente croisée des deux catalogues aux deux bases clients
  • Accès à une géographie ou à un segment nouveau
  • Montée en gamme, offre packagée
  • Force de vente élargie, meilleur maillage terrain
  • Capacité à répondre à des appels d'offres plus gros
Probabilité de réalisationincertaine
Délai de matérialisation18 à 48 mois
Vérifiabilité en due diligencedifficile

On les espère. Elles supposent que deux forces de vente et deux cultures commerciales coopèrent. C'est vrai parfois, et cela ne se vérifie que deux ans après. On ne les met pas dans le prix payé.

À retenir

Les premières sont chiffrables, datables et vérifiables ligne par ligne dans un budget ; les secondes supposent que deux forces de vente et deux cultures commerciales vont coopérer, ce qui se vérifie deux ans plus tard. Un comité d'investissement sérieux applique une décote de réalisation aux secondes et exige un porteur nommé pour chaque euro annoncé.

24 Atelier · déplacez le curseur

Qui capte la synergie : la prime de contrôle

Valeur intrinsèque 6,69 M€ · synergie identifiée 2,40 M€. Qui en repart avec quoi ?

40 %

De 0 % (le vendeur n'obtient rien de la synergie) à 100 % (l'acheteur paie tout ce qu'il va créer).

Répartition effective

Prix payé au vendeur7,65 M€
Créé pour l'acheteur1,44 M€
Prime payée sur la valeur intrinsèque+14 %
Multiple payé6,9 ×
Multiple intrinsèque6,0 ×

Lecture

Zone d'atterrissage habituelle

Deux à trois candidats en compétition amènent typiquement l'acheteur à céder une partie de sa synergie.

À retenir

Voilà la seule raison pour laquelle un acheteur peut légitimement payer plus cher qu'un autre : il crée quelque chose que l'entreprise seule ne produit pas. Toute la négociation consiste à déplacer ce curseur, et le vendeur ne le déplace vers lui que s'il a des candidats concurrents. Sans compétition, la synergie reste intégralement chez l'acheteur — c'est la version chiffrée de « la compétition fait le prix ».

25 Phase 6 · le sujet technique central

Completion accounts ou locked box

Le choix du mécanisme vaut souvent plusieurs pour cent du prix, et il se tranche dans la lettre d'intention.

Completion accounts

Dominant en small cap L'incertitude est reportée après la signature

Comptes de référencederniers comptes connus
Signingprix provisoire
Closingcomptes arrêtés à cette date

Le prix est ajusté après le closing, sur la base de comptes arrêtés à la date de réalisation : on constate la dette nette et le BFR réels, et on corrige. Économiquement plus juste, mais l'ajustement s'établit après la signature et génère fréquemment des litiges.

Qui porte le risqueL'acheteur jusqu'au closing
Ce qui se négocieLa définition de la dette nette et du BFR normatif
Le contentieux typeUn désaccord sur les comptes de closing, tranché par expert

Locked box

Majoritaire en mid et large cap Le prix est figé avant la signature

Date du locked boxcomptes de référence audités
Signingprix définitif
Closingaucun ajustement

Le prix est figé sur des comptes de référence antérieurs à la signature. Le vendeur s'engage à ne pas extraire de valeur jusqu'au closing — l'interdiction des fuites — et perçoit souvent un intérêt sur la période, le ticker. Plus simple et plus prévisible, à condition d'avoir confiance dans les comptes de référence.

Qui porte le risqueL'acheteur dès la date du locked box
Ce qui se négocieLes fuites autorisées et le taux du ticker
Le préalableUne due diligence sérieuse sur les comptes de référence
À retenir

La phrase à retenir : le mécanisme d'ajustement peut reprendre ce que le prix avait donné. Négocier un prix sans avoir figé la définition contractuelle de la dette financière nette et du BFR normatif, c'est négocier la moitié du sujet.

26 Un prix, quatre poches

La structure de paiement, ligne par ligne

Quand on compare deux offres, on ne compare pas des prix : on compare quatre poches et quatre calendriers.

Comptant au closing

68 %

jour J

La part payée en numéraire le jour du transfert, financée par les fonds propres de l'acheteur et sa dette senior.

Qui porte le risque : personne — c'est acquis.
La clause à surveiller : que les fonds soient effectivement disponibles le jour J, sans condition résiduelle.

Séquestre de garantie

12 %

libéré à 18 ou 24 mois

Une fraction du prix consignée chez un tiers pour garantir la garantie d'actif et de passif.

Qui porte le risque : le vendeur, qui attend.
La clause à surveiller : les échéances de libération, et la déduction des réclamations en cours à chaque échéance.

Crédit vendeur

10 %

remboursé sur 2 à 4 ans

Une partie du prix payée à terme par l'acheteur. Réduit son besoin de financement et maintient le vendeur intéressé.

Qui porte le risque : le vendeur, qui devient prêteur.
La clause à surveiller : le rang par rapport à la dette bancaire — il est presque toujours subordonné.

Complément de prix

10 %

calculé à 12 ou 24 mois

Indexé sur les résultats futurs. Le pont entre deux visions du business plan.

Qui porte le risque : le vendeur, sur une base qu'il ne contrôle plus.
La clause à surveiller : les règles de gestion écrites — sans elles, l'acheteur peut mécaniquement écraser la base de calcul.

À retenir

Le complément de prix mérite un avertissement particulier — c'est le meilleur moyen de faire converger deux visions du business plan, et la meilleure source de contentieux qui existe. Trois règles pour qu'il fonctionne : un indicateur simple et non manipulable, des règles de gestion écrites pour la période, et une durée courte, un an ou deux, parce qu'au-delà l'entreprise n'est plus la même.

Avertissement. Tous les montants et multiples de ce chapitre portent sur un cas fictif construit pour la démonstration. Les multiples sectoriels réels et les pondérations de prime et de décote se re-sourcent avant tout usage public. Les points fiscaux et juridiques sont un cadre de vigilance, pas un avis.