M&A Formation · fusions-acquisitions

Sommaire · Chapitre V sur V

Autorisations, closing, et la suite

Ce qui peut arrêter un deal, comment on l'exécute, et ce qui commence le lendemain. Les deux derniers modules servent de synthèse.

36 Phase 9 · entre signing et closing

Le chemin critique des conditions suspensives

C'est la condition la plus longue qui fixe la date de closing, pas la somme des conditions.

Information préalable des salariés
moins de 250 salariés · Vendeur
Consultation des IRP
quand elle est requise · Vendeur
Agrément statutaire, préemption
statuts et pactes · Vendeur
Accords de tiers
changement de contrôle · Les deux
Contrôle des concentrations
pré-notification, puis phase 1 · Acheteur
Contrôle des investissements étrangers
si activité sensible · Acheteur
Autorisation sectorielle
banque, assurance, santé, défense… · Acheteur
S0S4S8S12S16S20S24

Le chemin critique

C'est la condition la plus longue qui fixe la date de closing, pas la somme des conditions. Ici, le contrôle des concentrations : tout le reste s'exécute en parallèle.

L'erreur la plus fréquente

Découvrir en phase 9 une condition qu'on aurait pu instruire en phase 5. La pré-notification informelle, l'analyse concurrence et l'inventaire des clauses de changement de contrôle se font avant le signing.

À retenir

Sous-estimer le délai d'une autorisation est un classique, et la conséquence n'est pas seulement une date qui glisse : l'entreprise passe des mois sans investissement ni décision, et elle se dégrade réellement pendant qu'on attend. Le contrat doit prévoir une date butoir, ce qui arrive à cette date, et qui supporte le coût de l'attente.

37 Droit de la concurrence

Faut-il notifier, et à qui

Le premier travail n'est pas de notifier : c'est de savoir si l'on doit notifier.

Premier réflexe

Contrôle national

  • Chiffre d'affaires mondial cumulé des parties. De l'ordre de 150 M€ — c'est le premier filtre, et il se franchit vite dès qu'un groupe est impliqué.
  • Chiffre d'affaires réalisé en France. De l'ordre de 50 M€ par au moins deux des parties. Deux, pas une : une cible modeste rachetée par un grand groupe n'est pas notifiable de ce seul fait.
  • Seuils abaissés. Commerce de détail et outre-mer : les seuils descendent nettement.
AutoritéAutorité de la concurrence
QuandAprès signing, avant closing
Qui porteL'acheteur
DélaiQuelques semaines à plusieurs mois

Cette analyse se fait avant l'offre ferme, pas après le signing.

Si les seuils européens sont franchis

Contrôle européen

  • Seuils bien plus élevés. Le contrôle européen vise les opérations de dimension communautaire : les montants sont d'un autre ordre de grandeur.
  • Guichet unique. Quand la Commission est compétente, elle l'est à l'exclusion des autorités nationales. On ne notifie pas deux fois.
  • Remèdes. Une autorisation peut arriver assortie d'engagements : cessions d'actifs, accès à un réseau, plafonds de prix. Un remède inacceptable équivaut à un refus.
AutoritéCommission européenne
QuandAprès signing, avant closing
Qui porteL'acheteur
DélaiPhase 1 courte, phase 2 longue

Pendant toute l'instruction, les parties restent concurrentes au sens du droit de la concurrence. Le gun jumping se sanctionne lourdement, et il ne suppose aucune mauvaise intention.

À retenir

Ces montants évoluent, et les seuils sont abaissés dans le commerce de détail et en outre-mer. Ce module sert à savoir qu'il faut poser la question et quand, pas à trancher. Chaque opération se fait confirmer par l'avocat, en fonction de la forme exacte du deal, des chiffres d'affaires réels et du secteur.

38 Mémo France

Quoi demander, à qui, et quand

Un tableau pour savoir quoi demander et quand, pas pour trancher.

Autorisations, consultations et formalités du marché français.
SujetQuandQui porteEffet sur le calendrier
Information préalable des salariés, moins de 250 salariésAvant la cession, avec un délai à respecterVendeur, avec l'avocatPeut décaler le closing de deux mois
Consultation des représentants du personnelAvant l'engagement définitif, quand elle est requiseVendeurConditionne la date de signature
Agrément statutaire et droits de préemptionAvant cessionVendeurQuelques semaines
Contrôle des concentrations, national ou européenAprès signing, avant closingAcheteurDe quelques semaines à plusieurs mois
Contrôle des investissements étrangersAvant réalisation, secteurs sensiblesAcheteurPlusieurs semaines à plusieurs mois
Autorisations sectoriellesSelon le secteurAcheteurVariable, parfois très long
Clauses de changement de contrôle dans les contratsAvant closingVendeur et acheteurPeut bloquer : prévoir un plan de repli
Offre publique obligatoire au franchissement de 30 %, sociétés cotéesSelon le franchissementAcheteurChange entièrement la nature de l'opération
Droits d'enregistrement de la mutationAu closingSelon l'acteCoût, pas délai — mais influence la structuration
Solidarité fiscale de l'acquéreur de fonds de commerceAprès closingAcheteurJustifie le séquestre du prix
Tableau large : faites-le défiler horizontalement.
À retenir

Chaque ligne se fait confirmer par l'avocat de l'opération, en fonction de la forme exacte du deal, des effectifs et du secteur. Une seule ligne mérite d'être retenue par cœur pour le small cap français : l'information préalable des salariés, dont le manquement est sanctionné civilement et qui peut décaler un closing de deux mois.

39 Phase 10 · une journée

La séance de closing, dans l'ordre

Une séance d'exécution, pas de négociation. Une séance de closing bien préparée est une séance ennuyeuse.

1

Vérification des conditions suspensives

Chacune levée et documentée. Sinon, on ne tient pas la séance.

2

Signature des ordres de mouvement de titres

Et mise à jour du registre des mouvements et des comptes d'actionnaires.

3

Paiement du prix

Comptant versé au vendeur, fraction séquestrée versée sur le compte du séquestre.

4

Déblocage des fonds par la banque prêteuse

Contre remise des sûretés : nantissement des titres, caution, délégation d'assurance.

5

Démission des mandataires sortants

Et nomination des nouveaux, avec les procès-verbaux correspondants.

6

Remise des quitus et documents sociaux

Registres, statuts à jour, contrats, et la remise matérielle des accès.

7

Mise en place des nouveaux pouvoirs bancaires

Le point le plus souvent oublié, et celui qui bloque la première paie.

8

Formalités postérieures

Enregistrement de l'acte, dépôt au greffe, publications requises.

La fiscalité de la mutation

Les droits d'enregistrement diffèrent fortement selon ce qui est cédé : sensiblement plus élevés sur des parts sociales que sur des actions, plus élevés encore sur un fonds de commerce ou sur les titres d'une société à prépondérance immobilière. C'est une raison pour laquelle la forme sociale de la cible et la nature de la cession se regardent très en amont, en phase 0 et non la veille du closing.

La répétition à blanc

Quarante-huit heures avant, on déroule la séance à vide, document par document et signataire par signataire. On découvre alors ce qu'on découvrirait sinon le jour même : un signataire absent, un pouvoir manquant, un accord de tiers non obtenu, ou des fonds qui ne seront pas disponibles à l'heure.

Ce qui commence immédiatement après

L'intégration, et l'horloge de la première paie sous nouvelle propriété. Le closing n'est pas une fin : c'est l'heure à laquelle le vrai sujet démarre.

À retenir

Si un sujet de fond arrive sur la table le jour du closing, c'est que la phase 6 n'a pas été terminée. Le critère de passage de la phase 9 était clair — toutes les conditions levées et documentées.

40 Phase 11 · 3 à 36 mois

Ce qui reste à faire après le closing

Le deal n'est pas terminé le jour du closing, et c'est ce que la plupart des acheteurs découvrent.

30 à 120 jours

L'ajustement de prix

En completion accounts, les comptes de closing s'établissent dans les délais du contrat, l'autre partie dispose d'un délai pour contester, et un expert indépendant tranche en cas de désaccord.

Ce qui se perd si on l'oublie. Un délai de contestation laissé passer vaut acceptation. Les sommes en jeu sont significatives.
La règle. La qualité des définitions contractuelles de la dette nette et du BFR normatif détermine tout.

18 à 36 mois

La gestion de la garantie

Toute réclamation obéit à un formalisme de notification, dans des délais courts et à peine de déchéance. La forme compte autant que le fond.

Ce qui se perd si on l'oublie. Le droit à indemnisation lui-même. Trois mois d'attente suffisent souvent à le perdre.
La règle. Dès qu'un fait susceptible d'ouvrir la garantie apparaît, on notifie, quitte à préciser ensuite.

12 à 24 mois

Le complément de prix

Suivi de l'indicateur, respect des règles de gestion, calcul contradictoire à l'échéance. C'est aussi ce qui gouverne le comportement du vendeur pendant toute la période.

Ce qui se perd si on l'oublie. La confiance. Le conflit d'intérêts est structurel, et il vaut mieux le nommer que le subir.
La règle. Un indicateur simple, des règles de gestion écrites, une durée courte.

dès le jour J

L'intégration

Le vrai sujet, et celui qui a son propre document. C'est la phase où se crée ou se détruit la valeur qui a justifié le prix payé dans les onze phases précédentes.

Ce qui se perd si on l'oublie. Tout. Un deal bien négocié et mal intégré est un deal raté.
La règle. Le plan Day 1 se prépare entre signing et closing, pas après.

À retenir

Retenez surtout la mécanique de la garantie : toute réclamation obéit à un formalisme de notification, dans des délais courts et à peine de déchéance. Un acheteur qui découvre un passif et attend trois mois avant de notifier perd souvent son droit.

41 Transversal · par ordre de fréquence en France

Les huit moments où un deal meurt

Les trois premières causes se traitent toutes avant le lancement du processus.

1 · Le vendeur renonce

surtout small cap

Il n'avait pas fait le deuil de son entreprise, ou il n'a pas de projet pour l'après.

Prévention. La phase 0, et une conversation franche sur le lundi d'après.

2 · Le prix ne se rencontre jamais

tous segments

L'ancrage initial était trop haut, souvent parce qu'un conseil voulait gagner le mandat.

Prévention. Une valorisation défendable dès la phase 1, et une fourchette assumée.

3 · Le financement ne se boucle pas

surtout small cap

L'acheteur n'obtient pas la dette, ou à des conditions qui rendent l'opération non viable.

Prévention. Exiger un état d'avancement du financement dès la lettre d'intention.

4 · La due diligence découvre un sujet majeur

tous segments

Passif, dépendance, contrat menacé.

Prévention. La phase 0 côté vendeur, et l'anticipation dans le mémorandum.

5 · L'usure

tous segments

Le processus dure trop longtemps, les parties se lassent, l'entreprise se dégrade pendant qu'on la vend.

Prévention. Un calendrier ferme et un conseil qui le tient.

6 · La fuite de confidentialité

tous segments

Salariés inquiets, clients approchés par un concurrent, départs.

Prévention. Accès restreints, accords de confidentialité sérieux, clean team.

7 · Le désaccord sur la garantie

tous segments

Le vendeur refuse de garantir ce que l'acheteur exige.

Prévention. Traiter le sujet dès la lettre d'intention, pas au moment de la rédaction.

8 · L'autorisation qui n'arrive pas

corporate

Ou qui arrive avec des remèdes inacceptables.

Prévention. Analyse concurrence en amont de l'offre ferme.

À retenir

Regardez ce que les trois premières causes ont en commun : elles se traitent toutes avant le lancement du processus, en phase 0 et en phase 1. Aucune ne se règle par un meilleur avocat au moment de la négociation. Le temps investi en préparation est le seul investissement du métier qui réduise simultanément le risque d'échec et augmente le prix.

42 La bascule

Où se décide le prix, où se crée la valeur

La proportion de l'effort est inverse de la proportion de l'enjeu.

Phases 0 à 10 · douze à vingt-quatre mois

On décide du prix payé

Toute l'énergie, tous les honoraires et toute l'attention du management vont là. C'est nécessaire, et c'est un jeu à somme nulle : ce que l'un gagne, l'autre le perd.

Part de l'énergie dépensée90 %

Phase 11 et au-delà · vingt-quatre à trente-six mois

On crée — ou on détruit — la valeur

L'intégration. Presque personne ne la budgète, presque personne ne la dote d'un responsable à temps plein, et c'est elle qui décide si le prix payé était le bon.

Part de l'énergie dépensée10 %
Intégration pilotée : la synergie se matérialise Intégration subie : départs, clients perdus, dépréciation Le trait vertical marque le closing. La « vallée » des six premiers mois est normale — elle se creuse ou se comble selon le pilotage.
À retenir

On dépense quatre-vingt-dix pour cent de l'énergie sur ce qui décide du prix, et dix pour cent sur ce qui décide de la valeur. Le vrai risque du carve-out n'est pas le prix, c'est la séparation. Le deal se termine au closing ; la valeur, elle, se crée après.

43 Fiche de sortie

Les vingt règles à ne pas oublier

Choisissez-en trois — celles qui s'appliquent à votre situation — plutôt que d'essayer de mémoriser les vingt.

  1. Prépare l'entreprise avant de la vendre : un an de préparation vaut plus qu'un tour d'enchère.
  2. Un multiple s'applique à un EBITDA normalisé, jamais à un EBITDA brut.
  3. La valeur d'entreprise n'est pas ce que touche le vendeur.
  4. La compétition fait le prix, plus que la qualité du dossier.
  5. Un point faible annoncé se négocie ; découvert, il coûte trois fois plus.
  1. N'accorde jamais l'exclusivité sans prix précis, financement démontré et calendrier ferme.
  2. Compare les offres sur la certitude d'exécution, pas seulement sur le montant.
  3. Toute réponse en due diligence est écrite et versée à la data room.
  4. En small cap, la due diligence informatique est l'angle mort le plus coûteux.
  5. Le mécanisme d'ajustement de prix peut reprendre ce que le prix a donné.
  1. Une garantie non sécurisée par un séquestre ou une assurance ne vaut rien.
  2. Les annexes de divulgation neutralisent la garantie : elles se lisent en entier.
  3. Un complément de prix sans règles de gestion écrites finit en contentieux.
  4. La banque regarde la récurrence des flux et la dépendance au dirigeant, pas le business plan.
  5. Un covenant se négocie aussi sérieusement qu'un taux.
  1. Entre signing et closing, on prépare l'intégration mais on n'exerce pas le contrôle.
  2. Une séance de closing se répète à blanc quarante-huit heures avant.
  3. Une réclamation sous garantie se notifie immédiatement, à peine de déchéance.
  4. Le vrai risque du carve-out n'est pas le prix, c'est la séparation.
  5. Le deal se termine au closing ; la valeur, elle, se crée après.
À retenir

Si les participants ne retiennent que cette page, la journée a servi.

Avertissement. Les seuils réglementaires, délais et taux fiscaux cités sont un cadre de vigilance destiné à savoir quelle question poser et quand. Ils évoluent et se vérifient à la source avant tout usage public ou contractuel. Ce n'est pas un avis juridique.